1er mai

Fête des travailleurs plutôt que Fête du Travail ! - 1er juin 2001

Le 27 avril 2001, le Club de la Presse a reçu les centrales syndicales françaises pour un débat-réflexion autour du 1er Mai. Si toutes les organisations n’ont pas répondu présent, le syndicalisme belge (la FGTB et son pendant flamand, l’ABVV) y a participé. Une rencontre avec la presse d’autant plus intéressante que le social fait souvent figure de parent pauvre dans de nombreux titres.

Philippe Detrez (CGT) n’a pas manqué de souligner "la forte valeur symbolique du 1er Mai. En 1991, le centième anniversaire a été célébré à Fourmies sur le lieu même de la fusillade. Nous devons en reconquérir la valeur auprès des salariés tant ce jour est accaparé par la classe politique. N’oublions pas qu’au plan mondial, c’est un jour de lutte et de grève quand en France, ce n’est plus qu’un jour férié. Si la météo est bonne, on voit plus de salariés à la plage que dans les manifestations..."

Journée revendicative

Pour Michel Vandeput (FGTB-secteur public), le 1er Mai permet de réaffirmer les positions syndicales face à l’employeur (l’Etat belge) et de poser les jalons du futur. "La FGTB ne défile pas avec les politiques qui occupent de plus en plus le terrain. Même le Vlaams Block (extrême droite flamande) organise son défilé du 1er Mai alors qu’il n’y a pas sa place. Le 1er Mai est une démarche militante et non pas politique. Cependant, en 2001, la Belgique assurera la présidence européenne dès juillet. Or, nous devons veiller à la construction d’une Europe sociale".

Cahiers de revendications

Bernard Sohet (FO) est attaché au symbole du 1er Mai, même si FO n’a pas manifesté ce jour hormis à Lille et Douai. Il permet le rappel des luttes. Des cahiers de revendications sont remis aux maires. Le secrétaire départemental de FO regrette la démarche de Martine Aubry qui a décidé de recevoir les syndicats ensemble, le 30 avril. " Recevoir les syndicats la veille du 1er Mai, dit-il, c’est dévoyer le symbole d’un jour revendicatif en opposition à la conception festive".

Divisions en Belgique

En Belgique, les élus ne reçoivent pas les syndicats le 1er Mai. Car il y a d’autres forces syndicales. Comme la CSC : la confédération des syndicats chrétiens. En Hainaut, la FGTB n’a aucun contact avec la CSC. Pas de 1er Mai unitaire car la fête syndicale de la CSC, c’est l’Ascension, date anniversaire de la bulle papale "Rerum novarum". En Flandres, le mouvement chrétien est la première force syndicale.

Fête des robots ?
Mais, pour faire contre-poids au défilé du Vlaams Block, l’ABVV organise à Courtrai un festival multiculturel dont 2002 sera la 10ème édition. Car si en Wallonie, la droite extrême a été jugulée, en Flandres, elle se développe.
Les syndicalistes belges déplorent également le relâchement du militantisme depuis que le 1er Mai est chômé et payé. Un terrain aussitôt repris par le politique. La FGTB mène une action de sensibilisation des jeunes après avoir longtemps privilégié l’approche des pensionnés (retraités en Belgique).
Alain Lambert (FGTB) s’interroge : "Peut-on encore parler d’un 1er Mai, fête du travail ou des travailleurs ? Ne vaut-il pas mieux parler de fête des robots ? Le progrès se traduit par une hausse constante du taux d’inactifs : chômeurs, préretraités et retraités de plein droit. Les investisseurs privilégient de plus en plus l’outil, les automates aux dépens des hommes." Michel Mercier du Groupe des Dix (SUD, SNJ, et autres syndicats autonomes) déplore quant à lui le terme "Fête du Travail". " C’est un rappel de la trilogie pétainiste : Travail, Famille, Patrie. La Fête des Travailleurs doit rester une journée de lutte, de solidarité internationale face à la mondialisation… "
Quid des liaisons de part et d’autre de la frontière ? Bernard Sohet reconnaît qu’avec la construction de l’Europe sociale, les raisons d’agir ensemble se multiplient. Alain Lambert de la FGTB évoque même l’organisation future de 1er Mai communs car " les décrets européens sont aussi valables en France qu’en Belgique." Et d’évoquer ceux qui sont relatifs au travail des femmes la nuit, aux régimes de protection sociale, à la libéralisation des services publics tel le chemin de fer.
E.B


 

 

 

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