L’affaire Florence Cassez au Club de la Presse (juin 2011)

De l’exercice du métier de journaliste…

Côte à côte, mais pas dans le même rôle, l’avocat Frank Berton et le journaliste Eric Dussart ont vécu l’affaire d’Outreau. Ici comme au Mexique, les médias peuvent être la pire et la meilleure des choses.

« Dès le jour de l’arrestation de Florence Cassez, il a été décidé de médiatiser l’affaire avec un montage télévisé grossier où l’on voit les policiers style raid ou GIPN qui interviennent dans une maison où on leur ouvre la porte de l’intérieur. C’est un de leurs chefs qui ouvre la porte » raconte Gérard Vandenberghe, responsable du bureau AFP à Mexico à partir de septembre 2008. « Florence Cassez a été diabolisée immédiatement auprès de l’opinion par ce montage grossier, grotesque. Il n’y a eu qu’une seule voix dans les médias mexicains : celle de la police. »

Charlotte et Bernard Cassez, les parents de Florence, aux cotés de Gérard Vandenberghe, ancien président du Club, et correspondant de l’AFP au Mexique, en liaison téléphonique avec l’avocat mexicain de Florence.

« Dès le jour de l’arrestation de Florence Cassez, il a été décidé de médiatiser l’affaire avec un montage télévisé grossier où l’on voit les policiers style raid ou GIPN qui interviennent dans une maison où on leur ouvre la porte de l’intérieur. C’est un de leurs chefs qui ouvre la porte » raconte Gérard Vandenberghe, responsable du bureau AFP à Mexico à partir de septembre 2008. « Florence Cassez a été diabolisée immédiatement auprès de l’opinion par ce montage grossier, grotesque. Il n’y a eu qu’une seule voix dans les médias mexicains : celle de la police. »

Ben quoi, cela n’arrive jamais ici des bidonnages ? Jamais quand la banlieue brûle, des journalistes ne sont emmenés sur les bagages d’une opération policière spectaculaire dans le seul souci de « produire  » des images ?
Eric Dussart va plus loin : « Ce n’est pas nous qui allons donner des leçons. Présenter des coupables à une heure de grande écoute, on l’a fait. Et il a fallu du temps pour revenir en arrière.  »

A contrario, avec un sens aiguisé de la formule, Frank Berton lâche : « Sans la presse française, il n’y aurait pas d’affaire Florence Cassez. » Droit dans les yeux, l’avocat lillois s’adresse aux journalistes : « Je ne vous demande pas de me croire sur parole ! » C’est bien ça le souci… « Faites votre boulot ! Allez voir le dossier… »

Ce boulot, quelques journalistes mexicains à l’image d’Annabel Hernandez le font avec courage dans un contexte où huit journalistes ont été assassinés en 2009… trente-sept depuis cinq ans. Depuis la publication du livre Los Senores Del Narco qui met en évidence les liaisons entre le pouvoir mexicain et certains cartels, Annabel Hernandez vit dans la peur et ne se déplace plus qu’avec un garde du corps. « Moi là-bas, j’étais protégé par mon étiquette AFP et de Français, souligne Gérard Vandenberghe. Je ne dis pas la même chose des journalistes hispanophones de ma rédaction qui étaient timides. Donc, je me chargeais moi-même du dossier de Florence Cassez pour leur épargner des risques inutiles. » Seule conséquence pour Gérard : à son retour en France, il découvrit que l’ambassadeur du Mexique rendait régulièrement quelques visites « de courtoisie » au bureau de l’AFP à Paris, se plaignant de la mauvaise image donnée de son pays.

Ce travail patient de journaliste, d’investigation, de vérification, de confrontation des sources, trois correspondantes françaises et belges au Mexique, l’ont effectué : Léonore Mahieux, Anne Vigna, Emmanuelle Steels. Jointe en direct, Léonore Mahieux semble comme gênée aux entournures. Au téléphone, il faut être prudent ! « Le fait de travailler à trois sur le dossier nous protège » confie-t-elle à son tour.

Comme pour Gérard Vandenberghe, Eric Dussart, grand reporter à La Voix du Nord, ne subit pas ce type de pressions dans son quotidien. « Je suis allé au Mexique voir les lieux présumés de l’enlèvement. J’ai fait simplement mon métier de journaliste avec un vrai boulot d’enquête. Tout est incohérent dans ce dossier. C’est en travaillant, en faisant simplement mon boulot que je suis arrivé à la certitude de l’innocence de Florence Cassez… et que j’ai accepté d’écrire avec elle le livre A l’ombre de ma vie. »

Oui, mais demain, dans cette époque de zapping, si l’intérêt des médias ne se résumait plus qu’à une photo volée de Florence Cassez dans sa prison de Tepepan ? Et si dans notre société du spectacle, le long et patient de travail d’investigation ne trouvait plus sa place ? Et si pour des motifs économiques, l’AFP n’avait plus de correspondants dans chaque pays ? Et si La Voix du Nord n’envoyait plus d’envoyés spéciaux au Mexique ou ailleurs ? Au Club de la Presse, ce mercredi 22 juin, il ne s‘agissait pas d’un débat pour ou contre Florence Cassez mais bien plutôt d’une éclairante rencontre sur les enjeux posés par l’exercice de notre profession.

La bonne santé d’une démocratie, la simple protection du citoyen, dépendent pour beaucoup du bon usage de notre métier de journaliste. Ici comme au Mexique. Au Mexique comme partout.

Hervé LEROY

Pas question d’oublier Florence Cassez

Le Club de la presse Nord-Pas de Calais organisait le 22 juin un rendez-vous avec les acteurs les plus directs de la défense de la jeune nordiste de 36 ans, incarcérée au Mexique depuis décembre 2005.

Bernard Cassez, le père de Florence

"La procédure est toujours en cours au Mexique, elle n’est pas terminée, et la Cour suprême a accepté d’examiner le recours" : l’avocat mexicain de Florence Cassez, Me Agustin Acosta, l’a rappelé mercredi en direct, au téléphone, au Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais.

Le Club avait organisé un rendez-vous avec les acteurs les plus directs de la défense de la jeune Nordiste de 36 ans, incarcérée depuis cinq ans et demi à Mexico, condamnée à 60 ans de prison pour des enlèvements, et qui n’a jamais cessé de clamer son innocence : ses parents, Charlotte et Bernard, étaient là, entourés de son avocat lillois, Me Frank Berton, et de Thierry Lazaro, le député-maire UMP de Phalempin, qui a "porté" avec eux le dossier à l’Elysée, où l’engagement du président Nicolas Sarkozy en a fait une véritable affaire d’Etat. Le contentieux entre les deux pays, entre leurs deux présidents, a explosé avec l’annulation de l’Année du Mexique en France, que Nicolas Sarkozy avait voulu dédier à Florence.

Deux journalistes "spécialistes" de l’affaire les accompagnaient : Eric Dussart, grand reporter à La Voix du Nord, sans doute celui qui connaît le mieux Florence. Il l’a accompagnée dans la rédaction de son livre autobiographique, À l’ombre de ma vie (1), après avoir suivi la procédure au Mexique depuis l’appel interjeté contre la première condamnation, en 2007, à 96 ans de prison.

Gérard Vandenberghe, ancien président du Club, revenait du Mexique où il a suivi l’affaire depuis septembre 2008 pour l’Agence France-Presse. Son épouse, Djamila, rendait visite à Florence dans sa prison au moins une fois par semaine.

Une presse mexicaine largement aux ordres ou apeurée

Eric Dussart, grand reporter à La Voix du Nord, Thierry Lazaro, député-maire UMP de Phalempin, Me Frank Berton, avocat de Florence Cassez, Djamila Vandenberghe, qui rendait visite à Florence Cassez en prison et Bernard Cassez, le père de Forence

Tous ensemble, devant un auditoire très attentif, ils ont rappelé l’historique de l’affaire, depuis une arrestation maquillée pour la télévision et jusqu’au "formatage" des juges par le gouvernement mexicain, en passant par des témoignages "revus et corrigés" sous la pression ou la torture et des montages grossiers qui ne résistent pas à un examen élémentaire. Dans un autre témoignage téléphonique depuis Mexico, Léonore Mahieux, journaliste française dont le travail a beaucoup contribué à faire connaître le contenu du dossier, a rappelé comment les médias mexicains avaient conditionné l’opinion publique dès le départ en diabolisant "la ravisseuse française", en l’exposant comme une coupable dès avant son jugement.

Aujourd’hui, dans une presse mexicaine largement aux ordres ou apeurée sous les menaces (c’est un des pays où on a tué le plus de journalistes ces dernières années, davantage qu’en Irak ou en Afghanistan), des voix commencent toutefois à s’élever en évoquant le montage policier et "l’erreur judiciaire organisée".

Le sort de Florence est maintenant entre les mains des juges de la Cour Suprême mexicaine, réputés moins "aux ordres" que les autres.

L’Eglise conclut à "l’absolue innocence de Florence Cassez"

Peut-être seront-ils plus attentifs que leurs confrères de la Cassation aux arguments concrets de la défense sur des pistes évidentes, mais délibérément négligées par l’enquête, plus à l’écoute de témoignages qui innocentent Florence, volontairement écartés par l’accusation...

Peut-être aussi liront-ils, eux, les dossiers constitués par l’Eglise catholique mexicaine, dont l’autorité est énorme dans ce pays très catholique et qui a refait son enquête, et par un ancien ministre mexicain de la Justice, qui a dressé un réquisitoire rigoureux contre... l’accusation : l’Eglise conclut à "l’absolue innocence de Florence Cassez", et l’ex-ministre que "la condamnation d’une innocente a permis de laisser les vrais coupables en liberté".

Ces conclusions avaient pourtant été publiées avant que les juges de Cassation ne se réunissent pour statuer. Mais il est vrai qu’avant leur réunion, ils ont été invités à déjeuner par un représentant direct du président mexicain Felipe Calderon...

... A signaler l’autre livre sur l’affaire, co-signé par une autre consoeur en poste à Mexico, Anne Vigna, et qui décortique le dossier : "Peines mexicaines" (2).

(1) « A l’ombre de ma vie - Florence Cassez Prisonnière de l’Etat mexicain » – Editions J’ai Lu témoignage. 6 €.

(2) « Florence Cassez, Jacinta, Ignacio et les autres. Peines mexicaines » Anne Vigna et Alain Devalpo. Editions First Document. 17,90 €.

 

 


 

 

 

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