500 jours de trop

« Bientôt, nous ouvrirons cette bouteille, ici même. Nous le ferons en présence d’Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et, pourquoi pas, Mohamed, Satar et Gulan, leurs collaborateurs afghans ». C’est en brandissant une bouteille de vodka, qu’il réserve pour la libération des otages, que Philippe Allienne, président du Club de la presse du Nord – Pas de Calais, a ouvert le rassemblement de soutien aux journalistes de France Télévisions retenus depuis 500 jours en Afghanistan. Plus de 200 personnes ont répondu à l’appel du Club, ce vendredi 13 mai à 12h00, sur le parvis de l’Opéra de Lille. Au même moment, d’autres rassemblements avaient lieu à Valenciennes et à Arras. D’autres encore se sont déroulés à Marcq-en-Baroeul, dans la matinée, à Hellemmes, à Saint-André et à Seclin. Au total, une quarantaine de villes, en France.

Au premier plan, de gauche à droite : Frédéric Marchand, conseiller général et adjoint au Maire d’Hellemmes, Dominique Plancke, conseiller régional (Vert), Eric Quiquet, Vice-Président LMCU, Pierre de Saintignon, Vice-président du conseil régional, Gilles Pargneaux, Maire d’Hellemmes, Philippe Allienne, Président du Club de la presse Nord Pas de Calais, Bernard Gérard, député-maire (UMP) de Marcq-en-Baroeul, Patrick Kanner, Président du Conseil Général du Nord, René Gabrelle, ancien journaliste et maire (PCF) de Tressin et Bernard Derosier, député du Nord (ph. S.C.)
Cette bouteille de Vodka sera ouverte en présence d’Hervé Ghesquière, chtimi d’origine polonaise (ph. Mathieu Hebert)

Pourquoi une bouteille de vodka ? Pour dédramatiser une situation particulièrement lourde. Pour rendre hommage, aussi, à Hervé Ghesquière (qui a des racines polonaises) et à Stéphane Taponier. L’hiver dernier, sous la Grande roue de la place de Gaulle, à Lille, le petit cousin d’Hervé, Roger Lecointe, avait glissé : « Lorsque Hervé sera libre, nous ferons couler la vodka à flots. Foi de Polonais ! »

Ce vendredi, face à l’Opéra de Lille, les organisateurs n’avaient pas encore pris la parole qu’une énorme clameur s’est élevée. Tambourins, vuvuzelas, casseroles et autres plats, xylophones, derboukas, clochettes, cymbales, etc. Les nombreux participants avaient été invités à faire du bruit. Alors, ils ont fait du bruit.

« Aujourd’hui, a dit Philippe Allienne, nous nous mobilisons pour crier, pour faire du bruit, pour rappeler que le sort de ces cinq hommes ne doit laisser personne indifférent, pour que la pression ne se relâche pas, pour dire que c’est notre affaire à tous. »

Rappelant les propos et jugements « insultants » portés, peu après les enlèvement, par le secrétaire général de l’Elysée et par le chef d’Etat major des armées de l’époque, le président du club a regretté que cela se poursuit aujourd’hui avec les déclarations de l’actuel ministre de la Défense, Gérard Longuet. Mais il a aussi déploré l’absence de soutien clair du président Nicolas Sarkozy.

Cinq cents jours et pas de nouvelles

Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier et leurs trois accompagnateurs afghans, détenus depuis un an et demi, restent à ce jour les seuls otages journalistes dans le monde. C’est la plus longue détention de journalistes depuis les prises d’otages au Liban.

Depuis leur capture par un groupe taliban le 29 décembre dans la province de Kapisa, en Afghanistan, on est sans nouvelles des deux journalistes de France Télévisions, qui travaillaient pour l’émission Pièces à Conviction, un magazine de France 3.

Exceptée une vidéo reçue en décembre, plus aucune « preuve de vie » des journalistes. On ignore tout de leur sort : «  Comment vont-ils ? Quel est leur état de santé ? Quel est leur état psychologique ? Où sont-ils ? Sont-ils détenus ensemble ? », a questionné Philippe Allienne, président du Club de la Presse, sur les marches de l’opéra de Lille.

« Si cela augmente la valeur des otages, tant mieux ! »

Comme Philippe Allienne, Roger Lecointe, petit-cousin d’Hervé Ghesquière, natif de Marcq-en-Barœul, plaide pour que la « mobilisation » et la « médiatisation » se poursuivent autour du cas des journalistes et de Mohamed, Gulan et Satar, leurs trois accompagnateurs. « Il faut poursuivre, souligne Philippe Allienne. Si cela augmente la valeur des otages, tant mieux ! Si la médiatisation est un piège, il faut y tomber », comme le rappelait Jean-Paul Kaufmann. Le journaliste, ancien otage au Liban lorsqu’il travaillait pour l’Evénement du Jeudi, a insisté sur le rôle capital des mobilisations de soutien dans la libération des otages. Un argument partagé par Florence Aubenas et Christian Chesnot, deux anciens otages en Irak.

« Le silence et la discrétion n’ont rien donné »

Parce que « Hervé est un journaliste consciencieux, (qui) a couvert énormément de terrains de guerre  », Roger Lecointe ne croit pas aux premières déclarations de l’Elysée et de l’armée, qui ont mis en cause l’attitude des deux journalistes français. « Inacceptable !  », estime Philippe Allienne, qui déplore que, comme depuis le début de leur captivité, le pouvoir exige des proches des otages «  le silence et la discrétion ». « Jusqu’à présent, cela n’a rien donné  », ajoute le président du Club. «  Quelle différence d’attitude par rapport au cas d’Ingrid Betancourt (en Colombie) ou des infirmières bulgares (en Libye) ! », s’étonne encore Philippe Allienne.

Pour soutenir les otages, il y a eu en France des matches de foot, des concerts, des lâchers de ballons, des discours… A Lille, les manifestants ont fait du bruit. En criant, en applaudissant, en sifflant ou en frappant sur des ustensiles de cuisine, ils ont fait « du bruit, assez fort pour qu’on l’entende en Afghanistan  », a lancé Philippe Allienne. « Libérez-les ! », a crié un homme, au milieu du brouhaha lillois.

M.H.

 
 

Anonymes, élus, journalistes… Tous unis pour la même cause

« Les journalistes sont les yeux de la démocratie. Leur liberté, c’est notre liberté ». Au nom du comité de soutien des journalistes otages, Gérard Dupagny, un ancien de la rédaction de France 3 Nord-Pas de Calais a résumé les propos des proches des deux otages français, avant que ces derniers soient reçus à Paris par le président de la République.

Dans l’assemblée, à Lille, se trouvaient des anonymes, des représentants de la mosquée de Lille Sud, le directeur de l’Ecole française d’attachés de presse et de la communication de Lille, Philippe Clauw, des journalistes et des cadres, dont Jean-Michel Lobry (Wéo et NEP TV), Jean-René Lore (Nord éclair), Véronique Durand (La Croix du Nord), Jean-Jacques Régibier (France 3 Nord-Pas de Calais), Bruno Cadez (Liberté Hebdo)… De nombreux élus ont aussi tenu à participer : Martine Aubry, Bernard Charles, Bernard Derosier, René Gabrelle, Bernard Gérard, Patrick Kanner, Frédéric Marchand, Gilles Pargneaux, Dominique Plancke, Francis Provost, Eric Quiquet, Pierre de Saintignon… « Mettre des banderoles sur la mairie, note Francis Provost, élu à Wasquehal, c’est bien, mais ça ne suffit pas ».

 


Une minute de bruit


Discours de Philippe Allienne, Président du Club de la presse Nord - Pas de Calais


Roger Lecointe, petit cousin d’Hervé Ghesquière...


Discours de Gérard Dupagny, représentant le comité de soutien à Stéphane et Hervé

 

De gauche à droite : Eric Quiquet, vice-président (Vert) de Lille métropole, Pierre de Saintignon, vice-président (PS) du conseil régional, Gilles Pargneaux, député européen (PS), Patrick Kanner, président (PS) du conseil général du Nord, Bernard Gérard, député-maire (UMP) de Marcq-en-Baroeul, Francis Provost, conseiller municipal (PCF) de Wasquehal, René Gabrelle, ancien journaliste et maire (PCF) de Tressin. De nombreux élus, absents sur la photo, étaient présents, dont Martine Aubry, maire (PS) de Lille, Bernard Charles, conseiller municipal (PS) de Lille, Frédéric Marchand, conseiller général (PS)... (ph. Mathieu Hebert)
A Lille, plus de 200 personnes ont répondu à l’appel lancé par le Club de la presse Nord - Pas de Calais pour soutenir les otages (ph N.B.)
(Ph. N.B.)
Une minute de bruit, pour être entendu jusqu’en Afghanistan (ph. S.C.)
(ph Mathieu Hebert)
(ph. Mathieu Hebert)
Au même moment, à Arras, une minute de bruit était aussi organisée (ph. Philippe Armand)
A 15h30, un autre rassemblement de soutien a réuni 80 personnes à Hellemmes (ph. Marc Dubois)
Une minute de bruit, à Arras aussi (ph. Philippe Armand)
Le rassemblement à Valenciennes, en présence du maire Dominique Riquet
Olivier Henno, maire de Saint-André, lors du rassemblement de soutien dans cette ville.
La municipalité de Merville, par l’initiative de Francis Campagne, adjoint au maire, a marqué le coup en reprenant l’idée de la « minute de bruit » du Club de la Presse de Lille.

 

 

 

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