De la chronique radio à l’objet littéraire, comment parler des EHPAD ?

, par communication@clubdelapressenpdc.fr

4 jours après la sortie de son livre « Suzanne » aux éditions Des Equateurs , le journaliste Frédéric Pommier a répondu à l’invitation du Club de la presse Hauts-de-France pour présenter son dernier ouvrage. Rendez-vous était fixé le 22 octobre à la Librairie Les Quatre Chemins rue Pierre Mauroy à Lille pour un échange sur la situation des EHPAD et les formes disponibles pour relater les faits de sociétés.

Tout a commencé avec une chronique sur France Inter en décembre 2017. Dans le « 1/4h de célébrité » Frédéric Pommier raconte la vie d’un inconnu sur lequel se braquent les projecteurs de l’actualité. Ce jour-là, le journaliste fait le portrait de Suzanne, retrace les grandes étapes de sa vie pour finir par parler de ses conditions de vie révoltante dans un EHPAD. Ce n’est qu’à la fin de l’exercice qu’il précisait que Suzanne était sa grand-mère.

Documentaire ou fiction ?

Après la diffusion, Frédéric Pommier a reçu des témoignages d’auditeurs par centaines, des appels à l’aide envoyés par des parents, des proches confrontés à des situations bien pires encore… Il a réalisé alors que l’histoire de sa grand-mère était loin d’être un cas isolé et des éditeurs, convaincus de l’importance du sujet, l’ont contacté pour donner une suite. Se sentant « dépositaire de témoignages par centaines », il a accepté, mais s’est posée alors la question de la forme.

« Je ne voulais pas faire un documentaire, c’était plus intéressant de produire un objet littéraire. Donc c’est un récit de la vie de Suzanne, entrecoupé de scènes de son quotidien ». Évidemment très proche de son sujet, le journaliste a trouvé avec le roman le moyen de « toucher un maximum de gens et de raconter l’histoire de façon plus intime et plus large qu’une enquête journalistique ». Le lecteur découvrira la destinée d’une femme née dans les années 20. A travers elle, c’est une partie de l’histoire de la France qu’il lira. C’est aussi une histoire de transmission, d’un petit-fils qui fait revivre les souvenirs de sa grand-mère.
Comme la chronique, le livre invite à la réflexion, mais ne fait pas l’analyse du « problème lié aux EPHAD ». Il faudrait pour cela la participation de gériatres, sociologues, économiste... La presse ne s’en est pas emparé pour le moment, elle « s’y intéresse quand il y a un scandale, des choses dégueulasses à montrer. Pourtant, c’est nous demain. Si on ne met pas tout cela à plat, ce sera nous demain... »

État des lieux

Il y a presque un an, la chronique de Frédéric Pommier a « libéré la parole ». Sans faire de bilan, sans revendiquer un travail d’enquête, le journaliste livre un témoignage dont on peut penser qu’il fera écho au vécu de nombreuses familles. Le constat est simple, la population française vieillit et les infrastructures ont beaucoup de mal à s’adapter. Avec des contraintes budgétaires de plus en plus fortes, on rogne sur tout : l’entretien des bâtiments, les effectifs, la qualité des repas. Pour les résidents, cela peut tourner au cauchemar : « Il est bien leur régime minceur » ironise Suzanne à son petit-fils, en parlant des repas insipides qu’on lui sert, « même à des animaux on ne donnerait pas ça ! ». Par manque de temps, on limite le nombre de douches, on force les résidents à porter des couches même s’ils ne sont pas incontinents. Frédéric Pommier ne jette pas la pierre aux soignants, beaucoup essaient de faire au mieux malgré le manque de moyens, le manque de formation et sont maltraitants malgré eux. Beaucoup sont usés aussi, par un métier peu reconnu, où l’on côtoie la mort et où les patients ne vont jamais mieux

Les échanges avec la salle ont confirmé les constats de Frédéric Pommier. Augmenter les moyens est nécessaire pour redonner de la dignité et de l’humanité à la façon dont sont accueillis nos « anciens » dans les EHPAD. Une réflexion plus profonde sur la gestion du quatrième âge semble urgente : comment gérer la dépendance ? comment permettre le maintien à domicile ? comment éviter d’exclure une partie de la population de la société ? Frédéric Pommier a réussi son pari, impossible de ne pas se poser toutes ces questions. Il faut désormais qu’elles soient également prise en compte par les responsables politiques et l’État.

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