« Désinfox coronavirus » : le gouvernement supprime sa page controversée

, par communication@clubdelapressenpdc.fr

Face aux réactions négatives des rédactions, la nouvelle rubrique du site internet du gouvernement, destinée à lutter contre les fausses informations en mettant en avant les articles d’une sélection de médias, a finalement été supprimée. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) avait déposé un recours devant le Conseil d’Etat pour que le gouvernement supprime la page de son site.

Le gouvernement avait lancé fin avril une nouvelle rubrique sur son site internet pour lutter contre les fausses informations. Baptisée « Désinfox coronavirus », cette page recensait des articles de « fact-checking » sur le Covid-19 publiés par une sélection de médias français. Cette initiative a été vivement critiquée par les journalistes. Face aux réactions, le gouvernement a finalement décidé de supprimer la page de son site.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ) avait déposé un recours devant le Conseil d’Etat pour que le gouvernement supprime la page de son site. Dans son référé-liberté (recours en urgence), le SNJ a demandé au juge d’enjoindre le Premier ministre à supprimer cette page « afin de faire cesser immédiatement l’atteinte grave et manifestement illégale portée aux principes de pluralisme dans l’expression des opinions et de neutralité des autorités publiques ».

Confusion dans l’esprit des lecteurs

Plusieurs dirigeants de médias dont les articles ont été sélectionnés ont dénoncé une confusion des rôles, comme le directeur des rédactions de Libération Laurent Joffrin. « La communication gouvernementale est une chose, le travail des rédactions en est une autre. Cette publication sans autre forme d’explication risque d’introduire une confusion dans l’esprit des lecteurs », a-t-il regretté.

Selon le ministre de la Culture, Franck Riester, cette initiative émanant du Service d’information du gouvernement (SIG) « ne représentait évidemment pas un objectif de tri d’articles ou d’informations, pour autant je peux comprendre les inquiétudes qui ont été suscitées par ce service dans les rédactions ».

La page du gouvernement anti-fake news offusque les médias

Destinée à lutter contre les fausses information durant la crise sanitaire, la page du gouvernement « Désinfox Coronavirus » a engendré un tollé de la part des rédactions. Celles-ci dénoncent un « mélange des genres délétère » entre pouvoir politique et liberté de la presse. Les organisations et sociétés de journalistes demandent sa suppression « sans délai ».

La mise en ligne de la page officielle du gouvernement « Désinfox Coronavirus » a engendré une levée de boucliers de la part des sociétés de journalistes (SDJ) et de rédacteurs (SDR) de nombreux médias qui dénoncent un « mélange des genres ». Sur cette rubrique, les articles s’enchaînent, sans hiérarchie, logique ou commentaires, le gouvernement se posant de fait en arbitre des pratiques journalistiques.

Limitée à seulement cinq médias, son objectif est de lutter contre la prolifération de fausses informations sur la crise sanitaire, mais la méthode retenue a engendré un mouvement de protestation de la part des rédactions qui n’ont pas été informée de cette initiative. Dans une tribune, plusieurs organisations et sociétés de journalistes demandent sa suppression « sans délai ».

« Un mélange des genres délétère »

« La presse française est indépendante de l’État et du pouvoir politique, indiquent les rédactions. En distinguant tel ou tel article sur son site, le gouvernement donne l’impression, dans un mélange des genres délétère, de labelliser la production de certains médias. Selon cette même logique, les autres ne seraient pas dignes d’un imprimatur que l’État n’a pourtant aucune légitimité à délivrer dans un pays où la liberté de la presse est une liberté fondamentale. »

Les directeurs de nombreux médias ont pris le parti des représentants de leurs rédactions. Luc Bronner, directeur de la rédaction du Monde, a réagi en déclarant que « le Monde n’a pas été consulté en amont, et il va de soi que nous aurions refusé ce type de démarche ». De son côté, Vincent Giret, directeur de France Info.fr, a dénoncé « ces papiers diffusés sur nos différents médias qui se sont retrouvés utilisés, instrumentalisés, sur une plate-forme qui s’appelle Gouvernement.fr. »

Défiance et suspicion

« Notre bien le plus précieux, c’est notre indépendance, a renchéri Paul Quinio, directeur délégué de la rédaction de Libération. Ce genre d’opération ne peut qu’introduire de la défiance et de la suspicion quant aux relations entre la presse et le monde politique », tandis que Guillaume Tabard, rédacteur en chef du Figaro, a dénoncé « une initiative aussi inquiétante que contre-productive » et que Laurent Joffrin, directeur des rédactions de Libération, a lui demandé qu’« à tout le moins », les lecteurs de la page soient prévenus que les médias concernés n’avaient pas eu voix au chapitre dans cette affaire.

Face à la polémique, à l’issue du conseil des ministres du samedi 2 mai, Sibeth Ndiaye, porte-parole du Gouvernement, a réagi à la polémique en déclarant que « cette page a vocation à être supprimée une fois la crise terminée. »

M.P


 

 

 

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