Revue de presse des 14 et 15 mai 2011

Qui a gâché la fête ? (16 mai 2011)

Un visage résume l’actualité de ce week-end : celui de Martine Aubry. Heureuse à Saint-Denis, samedi soir après la victoire du LOSC au Stade de France, la mine grave dimanche matin à Lille, lors d’un point presse improvisé pour commenter « les nouvelles qui nous parviennent de New York » depuis la nuit de samedi à dimanche, depuis l’arrestation de DSK à JFK, l’aéroport new-yorkais d’où il devait partir pour Paris, puis Berlin.

L’annonce de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York est parvenue aux oreilles des auditeurs des radios dès dimanche matin, après qu’elle a été relayée dans les medias américains, sur Internet et par les dépêches d’agence. Peu de journaux, dimanche, étaient en mesure de relater les ces informations. Seuls le Journal du Dimanche, qui a retardé l’impression de son édition d’Ile-de-France, a pu modifier sa une, ainsi que quelques quotidiens, dont Le Midi libre ou Le Dauphiné Libéré.

Dans quelques éditions de la métropole lilloise, La Voix du Nord a réussi à modifier le contenu de sa rubrique France-Monde. Le quotidien régional a pu intégrer en dernière minute une dépêche de l’AFP citant le New York Times, publiée aux alentours de 1h40 dans la nuit de samedi à dimanche. Deux pages plus loin, la chronique hebdomadaire de Jean-Michel Bretonnier était justement consacrée… à DSK. Un hasard : après les photos de la fameuse Porsche utilisée par Dominique Strauss-Kahn fin avril, le rédacteur en chef de la Voix du Nord s’interrogeait ainsi : « peut-on être de gauche et riche à la fois ? »

C’est sur internet ou à la radio que les medias français se sont emparés de l’affaire dont peu de faits étaient encore avérés dimanche soir. Samedi après-midi, des policiers américains ont fait descendre le directeur général du FMI quelques minutes avant le décollage de l’avion. Une jeune femme, employée d’un hôtel de New York, l’accuse d’agression sexuelle. Dominique Strauss-Kahn, par la voix de son entourage, nie les faits. L’affaire fait grand bruit : elle concerne un potentiel futur président de la République française. Quoi que : à entendre les émissions spéciales des radios, l’avenir politique de l’ancien ministre semble « fini ».

« DSK gâche la fête »

Alors à Lille, dimanche matin, autour de Martine Aubry, « les journalistes présents ont clairement eu l’impression que DSK gâchait un peu la fête », rapporte la Voix du Nord, sur son site Internet, alors que beaucoup s’interrogeaient aussi sur un possible « piège » tendu au candidat socialiste potentiel.

Car, à Lille, dimanche était un jour de fête. Delphine Paysant, pour l’Agence France-Presse, s’est rendue parmi les quelque 15.000 supporters lillois « en délire » qui ont accueilli en héros les joueurs du LOSC. « Une immense clameur a salué l’arrivée des Dogues sur une estrade dressée devant l’hôtel de ville de Lille où ils avaient été auparavant accueillis par la maire PS de la cité nordiste, Martine Aubry, qui leur a remis à chacun la médaille d’or de la ville », rapporte la journaliste. « Massés aux quatre coins de la place, les supporters, venus le plus souvent en famille et brandissant haut et fort des écharpes ou des drapeaux du LOSC, ont célébré la victoire de leurs joueurs par des chants à la gloire des Dogues. Au milieu de cette immense masse rouge et blanche émergeait une seule pancarte sur laquelle on pouvait lire : "Merci les gars !" ».

« Bravooo ! »

Un jour de fête a d’ailleurs commencé la nuit précédente, après la belle victoire de Lille en finale de la coupe de France de foot. « Bravooo Lille !  », écrivait Nord éclair en une, dimanche matin. Comme la Voix du Nord, le quotidien basé à Roubaix consacrait plusieurs pages à l’équipe qui fait revenir la coupe « 56 ans après », rappelle Sébastien Noé, l’un des quatre journalistes de Nord éclair présents à Saint-Denis. « La lutte finale du Losc », comme titrait Albert Lammertyn, dans Liberté Hebdo, aura été payante, grâce à un superbe tir de Ludovic Obraniak sur coup franc, qui aboutit directement dans la cage adverse. Un coup magistral ? Non, un hasard : « Honnêtement je ne voulais pas placer (le ballon) à cet endroit-là. D’habitude, je tire fort au deuxième poteau en comptant sur une tête », avoue le joueur franco-polonais, un bi-national qui ne devrait pas faire l’objet d’une mesure de quota : il a eu droit au champagne, rapporte Gaëlle Laurent-Dridi (Nord éclair).

La polémique sur les quotas de l’équipe de France de football a d’ailleurs inspiré quelques plumes. « Un Beur, un Black, deux Bleus », titre ainsi Sébastien Noé dans Nord éclair, pour comparer les parcours du Lillois Adil Rami (le beur) et Mamadou Sakho (le black), tous deux membres de l’équipe de France, les « Bleus ».

La polémique de la Fédération française de foot a aussi inspiré le billet de Pierre Faure, dans la Croix du Nord : « Nous sommes les rois du débat, les champions du monde du cheveu coupé en quatre, les mousquetaires de la polémique, les gladiateurs de la dialectique », écrit-t-il dans son « clin d’œil » hebdomadaire. Mais cette fois-ci, le « grand débat national » sur les « mots qui déchaînent les passions » ne lui plaît pas : « on se renvoie la balle, on provoque la faute chez l’adversaire. Un drôle de match ». Et pour le chroniqueur, « une furieuse envie : rester sur la touche ».

« L’euphorie va porter Lille »

Revenons à Lille. « L’histoire oubliera rapidement que c’est au terme d’un match plutôt terne, entre deux équipes qui se craignaient énormément, que le capitaine (Rio) Mavuba a soulevé dans les cotillons ce trophée magique, qui en appelle un autre, évidemment », résume Antoine Placer (La Voix du Nord), qui envisage déjà la suite : que Lille arrive en tête du championnat de France. « Lille se projette déjà vers son deuxième objectif », confirme Arnaud Papin (Nord éclair). « Puisque Paris a été contraint de lâcher son titre, pourquoi ne pas imaginer faire tomber une autre tête, celle de Marseille ? L’euphorie va porter Lille dans les jours qui viennent », écrit encore Antoine Placer.

L’euphorie gagnera-t-elle aussi Martine Aubry cette semaine ? Au quoi pensait-elle, ce dimanche après-midi ? « Tous les Lillois, tous les élus, nous tous maintenant, nous attendons la suite, avec le doublé, peut-être dès mercredi (si Lille gagne contre Sochaux après un éventuel résultat défavorable de Marseille, ndlr) », a-t-elle déclaré à la tribune entourée de tous les joueurs, poursuit Delphine Paysant, qui a aussi extrait la phrase suivante du discours de la première secrétaire du PS : « A un moment où beaucoup de gens souffrent, le football apporte un nuage de fierté sur toute notre région  ».

« Monaco, c’est juste bon pour les vacances »

Lille qui rit, Lens qui pleure. Ce dimanche, le RC Lens affrontait Monaco. Dans le bas du classement, le club du Pas-de-Calais jouait son maintien en Ligue 1. Pourtant, « Quand on va là-bas », explique le milieu de terrain Sébastien Roudet, cité par Stéphane Leulier (Nord éclair), « on n’a jamais l’impression qu’on joue un match à enjeu. (…) Monaco, on a juste l’impression que c’est pour les vacances ». Dimanche, la rencontre s’est achevée sur un match nul (1-1). Lens sera condamnée à « descendre » en Ligue 2. « Un sacré gâchis », estime La Voix des Sports.

Du gâchis, il n’y en a pas que dans les pages « sport » des journaux. Ainsi ce dramatique suicide, que Liberté Hebdo ne traite pas en page « faits-divers » (il n’y a pas de telle rubrique dans l’hebdomadaire), mais en rubrique « Social ». Ludovic Finez a rencontré des collègues nordistes de Luc Béal-Rainaldy, qui s’est suicidé sur son lieu de travail, en région parisienne. La mort de cet inspecteur du travail, syndicaliste, « ne repose pas uniquement sur des raisons intimes et personnelles », affirme Guillaume Dautel (Sud Travail), cité par Ludovic Finez, qui a recueilli le témoignage d’un autre syndicaliste, Grégory Acakpo-Addra (SNUTEFE-FSU), qui évoque « le rouleau compresseur de la révision générale des politiques publiques, le rythme effréné des réformes et le simulacre du dialogue social ». « Ce n’est pas le premier collègue qui se suicide ou tente de le faire », rapporte Ludovic Finez, qui rappelle de tels cas dans le Pas-de-Calais (en 2008) et dans le Nord (2010).

Du gâchis, des larmes et des regrets, on en trouvait aussi dans les quotidiens. Marie Goudeseune (Nord éclair), comme de nombreux médias ce samedi, revient sur cette dramatique méprise qui a causé la mort prématurée d’un bébé dans un hôpital de Lille, après que la Voix du Nord l’a raconté la veille, vendredi 13. Deux femmes hospitalisées, deux cas différents, une erreur d’identité, une famille « effondrée » et des médecins qui expriment leurs « profonds regrets ».

« Et maintenant on fait quoi ? » C’était une phrase que prononçait souvent Camille. A dix ans, la petite fille a été fauchée par le souffle de l’explosion dans un café de Marrakech, le 28 avril. Sébastien Leroy (Nord éclair) et Elodie Bartolic (La Voix du Nord) ont assisté aux funérailles, vendredi à Aubers, dans les Weppes. Ils ont noté le message lu par l’archevêque de Lille Laurent Ulrich : « Une nouvelle fois le Nord est touché par des violences aveugles et injustes. L’écho des souffrances des peuples vient jusqu’à nous. Mais aussi les conséquences des décisions criminelles. (…) L’amour est plus fort que la mort ».

Comme un écho à ces paroles, l’interview accordé par un autre homme d’église, François Garnier, archevêque de Cambrai, donne un peu d’espoir. De retour de Tunis, il est interrogé par Véronique Durand, dans la Croix du Nord. Il y parle de la révolution de printemps et relaie l’appel du pape Benoît XVI « à être généreux dans l’accueil de ceux qui frappent à (nos) portes ». Et Mgr Garnier de lancer une idée : « On pourrait économiser bien de l’argent investi dans des guerres pour développer l’indépendance alimentaire (des pays du Maghreb) ». Diable, en voilà une bonne idée !

Mathieu Hébert


 

 

 

La Vie du Club

ESPACE PRESSE