Haydée Sabéran (Libé) raconte les migrants de Calais

Les chiens des policiers britanniques qui reniflent leur présence au fond des camions portent des noms, s’étalent parfois à la une : « Jake, George, Lottie, Alfie, Buddy, Lola. »
Les migrants de Calais, eux, sont des ombres qui passent... Ou ne passent pas. Ou disparaissent. Haydée Sabéran note : « Ils sont les "ressortissants", érythréens, vietnamiens, iraniens, afghans. »

Le sort qui leur est fait est d’une extrême violence. Haydée Sabéran, par sa justesse de ton, par une présence exceptionnelle au monde, ne nous renvoie pas de coups au plexus. Elle pose un prénom, un visage, une histoire, des mots sur ces hommes, ces femmes, ces enfants qui errent vers un autre avenir.

Journaliste, correspondante de Libération à Lille, elle travaille, rencontre, côtoie les migrants depuis une douzaine d’années. D’origine iranienne par ses parents, elle échange parfois avec un Kurde, un Iranien, un Afghan quelques mots en persan, « la langue parlée dans la cuisine de ma grand-mère » dit-elle. Souvent, entre elle, un traducteur, une famille, tout se joue sur un regard, une confiance accordée. Le livre sort dix ans après la fermeture de Sangatte. En dépit de tous ceux qui font table rase de la réalité. Comme un passeport sur la vie.

Haydée Sabéran se situe à hauteur d’être. Et écrit dans le présent de la rencontre.

Entre ceux qui passent, ceux qui ne passent pas, ceux dont la vie est traversée par ceux qui passent, ceux qui détournent le regard, ceux qui font leur job sans état d’âme, ceux qui en rajoutent, ceux qui ferment les yeux dans un éclair d’humanité, ceux qui prennent les empreintes, ceux qui se les brûlent pour ne pas revenir vers le pays de la Communauté où ils furent contrôlés en premier, ceux qui « bénévolent » et qui prennent de leur temps de Calais à Norrent-Fontes, ceux qui aimeraient les mettre hors la loi... Ceux et celles-là et tous les autres qui nous ressemblent tellement, et qui au bout du voyage sont une part de nous-mêmes.

Rien de manichéen dans les vingt-et-un récits d’Haydée. La mort et la vie, du cynisme et des gens de bien, de la douleur et de la joie, des larmes et des rires, de l’angoisse et des rêves.

Un bel ouvrage qui longtemps après la dernière page continue de vous triturer de l’intérieur.

Comme un 25 décembre, de la neige à Noël. Comme les premières contractions de Marion dans une salle du tribunal de Portsmouth...

Hervé LEROY

Ceux qui passent. Haydée Sabéran. carnetsnord / éditions montparnasse. Prix : 20 euros.

Haydée Sabéran lors de la présentation de son livre le 2 avril 2012 au Club de la presse (Photo Gérard Rouy)

 

 
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